Bonheur & Santé, preuves scientifiques

J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé.

Cette phrase est attribué à Voltaire et nous ne saurons jamais s’il l’a vraiment prononcé mais cela nous apparaît à tous comme une évidence. Il nous semble indéniable qu’être triste, malheureux ou dépressif augmente nos soucis de santé, et qu’au contraire être joyeux, optimiste, heureux nous protège de la maladie.

Mais est-ce une réalité scientifique ? Le Docteur Jean- Pierre Houppe en parle dans son livre « Le coeur du Bonheur »


Souffrances psychologiques et ses conséquences


Il ne fait aucun doute que la souffrance psychologique entraîne une surmortalité globale et un vieillissement précoce, en raison de multiples problèmes de santé. La littérature scientifique sur ce sujet est abondante. Il suffit de rechercher sur votre moteur internet préféré « stress, anxiété, dépression et santé « pour voir apparaître une liste de plusieurs milliers de résultats. Vous constaterez alors, avec effroi, que la souffrance psychique augmente le risque de diabète, de cancer, de maladies infectieuses, inflammatoires et dégénératives. La liste des conséquences cardiologique est encore plus longue : hypertension artérielle, infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral, embolie pulmonaire et maladie thrombo-embolique, artérite des membres inférieurs, anévrisme de l’aorte abdominale, troubles du rythme cardiaque auriculaire et ventriculaire, risque de mort subite. Bien entendu, être stressé, déprimé, anxieux ou colérique ne provoque pas obligatoirement une maladie, mais le risque est vraiment majeur et ne peut être ignoré.


Le mal-être en avant de la scène

Journalistes de la télévision et de la radio et chercheurs se ressembleraient-ils ? Regarder le journal télévisé, c’est voir défiler une liste interminable de conflits, de massacres et de malheurs. Le temps réservé aux bonnes nouvelles est très limité. Il en est de même pour la recherche scientifique, et si, sur le même moteur de recherche, tapez les mots « *bonheur et cardiologie « ou « optimisme et santé «, la liste est bien plus restreinte. Il y a dix, voire, cent fois plus de publications sur la souffrance psychique que sur le bonheur. Il est finalement assez paradoxal de constater que l’être humain cherche toujours le bonheur, mais qu’il ne parle que du malheur !


Voltaire aurait-il tort ?

Quelques publications pourraient nous amener à penser que Voltaire s’est trompé et qu’il n’y a pas de lien entre le bonheur et la mortalité, entre le bonheur et la survenue d’un cancer ou d’une maladie cardiovasculaire. Dans une étude publiée en 2016, dans la revue Lancet, l’équipe de Betty Liu a affirmé qu’il n’y avait, chez la femme, aucune influence du bonheur sur la mortalité. Cette étude a eu le mérite de susciter beaucoup de commentaires de la part des équipes scientifiques travaillant sur ce sujet depuis de nombreuses années. En fait, nos amis chercheurs ont questionné les personnes sur leur « niveau instantané et subjectif de bonheur », sans chercher à savoir si ces individus se comportaient comme des « chercheurs de bonheur ». D’autres publications donnent des résultats mitigés, car leurs auteurs n’ont pas fait la différence entre le plaisir et le bonheur, entre le bonheur hédonique et le bonheur eudémonique, entre un relatif bien-être et la pratique de la psychologie positive. En effet, si on s’intéresse aux liens entre la psychologie positive et la santé, et que le bonheur est conçu comme une donnée dynamique à facettes multiples, il est manifeste que Voltaire avait parfaitement raison.


Les bienfaits du bonheur


Les premiers travaux concernant les conséquences du bonheur sur la santé ont débuté dans les années 1980, avant que ne naisse officiellement la psychologie positive. Certains auteurs, comme Jeffrey Edwards en 1988, posaient la question de savoir pourquoi les effets du bien-être n’étaient quasiment pas étudiés, et tentaient alors d’apporter les premières réponses. Même si de nombreuses questions restent en suspens, en particulier au niveau neuroscientifique, et si beaucoup de travaux doivent encore être réalisés, un certain nombre de certitudes ont vu le jour au cours des trente dernières années. Il est prouvé que le bonheur augmente la longévité, diminue la mortalité, améliore la santé de façon globale, aussi bien des patients en bonne santé que des patients malades, augmente l’espérance de vie lors d’un cancer, réduit la déchéance physique et psychologique, préserve l’autonomie, abaisse le risque de maladie mentale, améliore l’évolution du diabète, et ce n’est pas tout… En 2008, l’équipe de Yoichi Chida publie une métanalyse sur l’effet du bonheur et de la psychologie positive sur la mortalité. Il y recense 305 études portant à la fois sur des sujets sains et des patients malades. Il démontre que le bonheur baisse la mortalité dans ces 2 populations, et que de multiples aspects du bonheur sont protecteurs : le bien-être, la joie, l’espoir, l’optimisme, le sens de l’humour, ou encore l’énergie de vie. Ed Diener, professeur de psychologie au sein de l’université de Virginie, est sans doute un des plus grands spécialistes mondiaux du bonheur. En 2011, il a montré que les sujets estimant avoir un niveau de bonheur élevé augmentent leur espoir de vie de 4 à 10 ans.


Que dit la biologie ?


Tous ces résultats positifs sur notre santé passent par des modifications bénéfiques sur notre biologie. Les effets psychobiologiques du bonheur ont été étudiés par plusieurs équipes, qui observent toutes les mêmes résultats : le bonheur et les émotions positives baissent le niveau de cortisol et d’adrénaline, diminuent l’activité du système sympathique, augmentent l’activité du système parasympathique, et améliorent nos défenses immunitaires en réduisant le taux des protéines pro-inflammatoires. Toutes ces réactions sont exactement l’inverse de ce qui est constaté en cas de stress, d’anxiété ou de dépression. A l’University College de Londres, l’équipe du professeur Andrew Steptoe a montré en 2005 que les effets biologiques du bonheur étaient indépendants de l’âge, du tabagisme et des conditions socio-économiques. En 2009, cette même équipe précisait que les effets du bonheur s’expliquaient à la fois par des changements comportementaux, mais aussi par des modifications biologiques au niveau des systèmes neuroendocrinien, nerveux autonome et immunitaire. Le bonheur désactiverait certaines zones cérébrales du cerveau limbique responsables de notre trop grande réactivité au stress.


L’immunité impactée par la méditation


En 2016, Julie Lasselin, de l’université d’Essen, a décrit, dans un article sur le bien-être et la réponse immunitaire, une expérience tout à fait étonnante : l’injection intraveineuse d’une substance susceptible d’entraîner une réaction inflammatoire ne provoque pas les mêmes effets selon l’état mental des patients. Les sujets pratiquant une méditation orientée vers le bonheur développent une meilleure réaction immunitaire, en particulier une augmentation des protéines anti-inflammatoires et une baisse des protéines pro-inflammatoires. Parallèlement, ils ont moins de fièvre après cette injection et leur fréquence cardiaque augmente moins. Cette équipe de chercheurs insiste sur le fait que la relation entre bonheur et immunité dépend des multiples composantes du bien-être, à savoir le sommeil, l’alimentation, l’activité physique et les activités de relaxation.


Les prémices en cardiologie


C’est en cardiologie que les effets du mal-être sur la santé sont le mieux prouvés, mais c’est aussi en cardiologie que les conséquences du bonheur sont le plus confirmées. De nombreux travaux ont ainsi montré que le bonheur entraîne des réactions à la fois biologiques et endocriniennes, susceptibles de provoquer une baisse de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle, ainsi qu’une diminution de l’inflammation artérielle et des phénomènes biologiques favorisant la coagulation. Tout ceci concourt à une baisse du risque de maladie cardiovasculaire.


Les premières preuves cliniques


Les premiers travaux cliniques datent du début des années 2000. Le professeur John Barefoot, qui avait déjà beaucoup travaillé à cette époque sur le rapport entre la psychologie et la cardiologie, publie en 2000 une étude sur plus de 1 000 patients prouvant que le bien-être entraîne une amélioration de la survie chez les patients coronariens. En 2001, la chercheuse en psychologie Laura Kubzansky débute une brillante carrière en publiant une étude sur 1 300 personnes de Boston, suivies pendant 12 ans. Elle démontre que l’optimisme est associé à une diminution de la fréquence des infarctus et des décès d’origine cardiaque. Quelques années plus tard, d’autres travaux confirment que les émotions positives et une meilleure satisfaction de vie entraînent une baisse du risque d’infarctus, de mortalité cardiaque et d’accident vasculaire cérébral.


Le bienfait de la psychologie positive


En 2010, l’équipe de Karina Davidson, à l’université Columbia de New York, montre, dans un article intitulé » Don’t worry, be happy « (ne vous faites pas de soucis, soyez heureux), que la pratique d’une psychologie positive baisse le risque d’infarctus de 22 %. Les mêmes chiffres sont retrouvés par une autre équipe ayant comparé le niveau de bien-être et le risque d’infarctus. Parmi tous les facteurs développés par la psychologie positive, il semble que le fait d’avoir un but de vie soit un des facteurs les plus protecteurs. L’équipe japonaise de Megumi Koizumi a ainsi démontré en 2008, sur un suivi de plus de 13 ans, que le fait d’avoir un but dans la vie diminue le risque d’infarctus de près de 70 %, et celui d’accident vasculaire cérébral de 45 %. Les mêmes constatations ont été faites pour les individus qui parviennent à retrouver un but de vie après un infarctus.


Dans un prochain article nous nous intéresserons à comment l'altruisme peut améliorer notre santé... Et oui ...


extrait Thèse pro Albertina DA FONTE MBA-MCI 2018-2019, Marketing digital et promotion à la santé

 
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