Gros so pho bie ! Mais qu’est-ce que c’est ?


On entend beaucoup parler de grossophobie, mais pourquoi ?

La grossophobie c’est la littéralement « la peur de ce qui est gros ».

Plus exactement c’est ce que l’on appelle en psychologie la stigmatisation de l’obésité. C’est donc « le rejet et la disgrâce qui sont associés à ce qui est vu, l’obésité, comme une déformation physique et une aberration comportementale ». Cette définition de la stigmatisation on la doit à Cahnman en 1968. Donc depuis longtemps on sait ce qu’est la stigmatisation mais on continue pour autant de la pratiquer et ce sans se soucier des conséquences qu’elles génèrent.

Rejeter les gens pour leur apparence physique a des conséquences

On pourrait croire que n’importe quel individu doué d’émotions et d’empathie pourrait comprendre que de rejeter les autres, de se moquer de l’autre parce qu’il est différent a des conséquences. Mais apparemment ce n’est clairement pas le cas. Si on regarde les domaines dans lesquels les personnes obèses sont stigmatisés ils sont nombreux. La société ne veut clairement pas d’elles. Si l’on prend par exemple l’accès à l’emploi, un grand nombre d’études scientifiques montrent que les personnes obèses ont moins de chance d’accéder à un emploi à responsabilité, moins de promotions professionnelles, moins de chance d’être embauchée et plus de risque d’être victime d’inégalités salariales, au même titre que les femmes. Alors être une femme et obèse ! 

Globalement on évalue qu’une personne obèse aurait deux fois moins de chance d’être embauchée qu’une personne non obèse et ce indépendamment du type de poste.

La discrimination à l’embauche est connue, mais saviez-vous que les personnes obèses sont également rejetées dans le milieu médical ? Alors que l’on pourrait penser que les professionnels de santé seraient empathiques et à l’écoute des souffrances du corps, et en particulier du corps gros. Oui alors parce qu’être gros n’est toujours pas un choix en fait ! Petit rappel !

Dans le milieu médical ce rejet est très important et dangereux pour les patients en situation d’obésité. Mais après tous ces professionnels de santé sont des êtres humains avant tout, il est donc normal qu’ils partagent les mêmes croyances et stéréotypes que le reste de la population…. Donc pour eux les personnes obèses sont paresseuses, incapables d’auto-contrôle et faibles. 

Au-delà de ce que pensent les professionnels de santé, l’hôpital n’est pas pensé pour les gros. Aux USA, alors que le taux d’obésité atteint les 40% en 2016, les patients obèses se plaignent : 

Blouses d’hôpital trop petites, brassards de prise de tension trop petits, tables d’examen trop étroites et balances inadaptées aux personnes de très grand poids. 

Encore plus choquant, les études interrogeant les médecins généralistes sur ce qu’ils pensent des patients obèses montrent que ceux-ci estiment que les patients obèses sont moches, maladroits, pas conciliants, manquant de volonté, négligés, et fainéants. Pour ces généralistes, l’obésité de leur patient était principalement le fruit d’un manque d’activité physique et d’une suralimentation. Du coup, ces mêmes médecins interrogés demandaient à leur patient obèse de perdre du poids alors que seulement 14% d’entre eux estimaient que ces patients pouvaient y parvenir. Ces résultats sont terribles ! Les médecins demandent à leur patient de perdre du poids en sachant qu’ils n’y parviendront pas… On n’appelle pas ça une mise en échec ? Il n’y aurait pas un problème de prise en charge de l’obésité ? Il semblerait. Cette vision du patient obèse est d’autant plus grave qu’elle amène beaucoup de ces personnes qui devraient être suivies pour leur santé à renoncer à aller chez le médecin. À long terme, on voit des personnes qui sont totalement démédicalisés et qui fuient le système de santé.

On les retrouve des années plus tard en stade terminal d’un cancer, ou en train de faire un AVC, une crise cardiaque…

autant de maladies non transmissibles qui auraient pu être évitées. Je n’incrimine pas ici tous les professionnels de santé, car tous ne sont pas comme ça et beaucoup tentent au quotidien de s’investir pour leur patient. Mais juste tout n’est pas acquis et regarder un patient, c’est regarder l’individu et pas uniquement ce que son corps raconte. Fermons cette petite parenthèse… Donc oui l’obésité est rejetée et ce rejet a des conséquences. Ces conséquences sont directes et indirectes. Nous venons de voir la conséquence indirecte la plus dangereuse. Mais il y a des conséquences directes qui entravent le quotidien des personnes obèses.

Savez-vous que le regard négatif des autres nous conduisaient directement à nous sous-estimer ? 

Et bah oui ! Que vous soyez gros, maigre, beau, moche, intelligent, bête, etc … à partir du moment où les autres ont une mauvaise opinion de vous, où ils vous jugent négativement cela impacte directement le regard que vous portez sur vous-même. Pire que cela, cela induit des comportements. Et oui quand vous dites à un gros qu’il est gros, bah sans le vouloir vous l’inciter à manger davantage.


Mais pourquoi va-t-il manger encore plus ?

C’est vrai ça ! Pourquoi le regard des autres influence nos comportements ?  Pour la simple et bonne raison qu’en le traitant de gros vous lui donner une place sociale, ce qu’on appelle en psychologie, une identité sociale. L’identité sociale c’est l’image que l’on pense renvoyer aux autres. Cette identité varie en fonction du con-texte de socialisation et en fonction de vos interlocuteurs.

Aussi, vous n’avez pas les mêmes comportements, vous ne défendez pas les mêmes choses selon que vous soyez au travail, en famille, avec des amis ou dans la rue entouré d’inconnus. Vous adaptez votre identité et plus largement vos comportements au regard que les autres pourraient vous porter. Donc quand vous dites à votre enfant qu’il est nul, quand vous dites à votre sœur qu’elle est moche, quand vous dites à un collègue qu’il a grossi, sans le vouloir vous agissez sur l’identité sociale de l’individu, et donc plus largement vous influencez ses futurs comportements. 


Une solution miracle ? Peut-être pas ! 

Finalement on pourrait imaginer que si chacun faisait un effort cela changerait les choses. Beaucoup penseront que je suis utopiste, que j’en demande beaucoup. 

Mais et si juste la prochaine fois que l’on va pour insulter ou critiquer une personne on se posait la question du mal que l’on peut faire avec nos mots, nos regards et nos gestes. Le quotidien est déjà suffisamment compliqué à gérer pour beaucoup d’entre nous sans nous rajouter en plus cette charge négative dans nos vies.

Apprenons à être indulgents avec les autres et par la même occasion avec soi-même…

Mais ça je vous l’expliquerai une prochaine fois ! 


Manuela PENA PENA docteure en psychologie sociale, spécialiste de l'obésité Co-fondatrice de Coopin - prend soin de toi

 
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