L’alimentation intuitive, ou comment se reconnecter avec ses sensations



Pour perdre du poids, il est courant de s’imposer des régimes plus ou moins stricts sur une durée déterminée. Le principe d’un régime est de réduire ses apports caloriques de sorte à ce qu’ils soient inférieurs à notre dépense d’énergie.


Cas n°1 : les apports sont supérieurs aux dépenses, je prends donc du poids.

Cas n°2 : les apports équivalent aux dépenses, je stabilise donc mon poids.

Cas n°3 (situation de régime) : les apports sont inférieurs aux dépenses, je perds donc du poids.

Les régimes fonctionnent en effet, du moins à court terme, puisqu’on observe 80% de réussite de perte de poids au bout de 6 mois chez les personnes ayant suivi un régime quel qu’il soit. Or, comme nous venons de le dire, l’alimentation lors d’un régime est temporaire et ne correspond pas à l’alimentation du quotidien. En réalité, les contraintes sont telles que personne n’arrive à suivre un régime à moyen terme. Le point commun de tous les régimes est le contrôle mental qu’ils demandent, une contrainte que le cerveau est incapable de gérer sur la durée. On va donc un jour ou l’autre arrêter le régime en cours pour revenir à nos anciennes habitudes, c’est à dire augmenter d’un coup notre apport calorique et ainsi reprendre du poids. Mais après tout, on pourrait se dire que si notre régime a déjà fait ses preuves une première fois, pourquoi pas une deuxième ? Il est alors probable de recommencer d’ici peu un régime, le même que le précédent ou un autre peut-être encore plus efficace cette fois ci. Mais une fois encore, le même scénario va se reproduire, et avec le temps la problématique ne va cesser de s’aggraver. Ce phénomène répété est ce qu’on appelle le fameux “effet yoyo”. Nous avons aujourd’hui suffisamment de recul et de preuves scientifiques pour affirmer que non seulement les régimes ne marchent pas (à moyen et long terme), mais aussi qu’ils sont dangereux pour la santé. Leurs méfaits ne sont plus à démontrer : sentiment d’échec et de culpabilité, dépression et troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie) pour ne citer qu’eux. Ils constituent d’ailleurs un facteur d'aggravation du surpoids et de l’obésité puisque 95% des personnes reprennent du poids au bout de 2 ans et 40% reprennent même plus de poids qu’elles n’en ont perdu. Comme le dit donc Sophie DERAM (diététicienne-nutritionniste) dans son dernier livre, “oubliez les régimes, ils font grossir” !


95% des personnes reprennent du poids au bout de 2 ans et 40% reprennent même plus de poids qu’elles n’en ont perdu.


En parallèle, avec la multiplication des polémiques plus ou moins justifiées, les pratiques alimentaires évoluent. En effet, on est toujours à la recherche d’une nouvelle façon de s’alimenter qui serait mieux qu’une autre pour notre santé ou notre ligne. Certains n’hésitent pas à tomber dans les extrêmes et vont même jusqu’à exclure de leur alimentation des groupes entiers d’aliments (féculents, produits laitiers, matières grasses, produits sucrés…), sans forcément chercher à perdre du poids mais pensant bien faire pour leur santé. En procédant ainsi, on s’expose à des risques de carences notamment, celles-ci finissent à terme par impacter notre état de santé. D’ailleurs, il convient de bien distinguer le poids et la santé. Grossièrement, "le poids est lié à un problème de quantité de nourriture, alors que la santé est liée à un problème de qualité de nourriture" (Dr ZERMATI). Eh oui, qu’on se le dise : “Ce n’est pas parce qu’un aliment est réputé comme BON pour la santé qu’il NE fait PAS grossir” !


Et si pour se réconcilier avec la nourriture, on essayait l’alimentation intuitive ?

L’alimentation intuitive, c’est simplement le fait de manger ce qui nous fait envie quand on a faim, et de s’arrêter de manger lorsqu’on est rassasié. Cette méthode va à l’encontre même du principe des régimes puisqu’elle consiste à manger de tout, ne diaboliser aucun aliment, être à l’écoute de ses sensations notamment de faim et de satiété et prendre plaisir à manger. L’alimentation intuitive vise aussi à savoir accueillir et accepter ses envies sans jugement et choisir ses aliments en fonction de ses préférences du moment. L’objectif est d’être attentif aux sensations procurées. Cette approche peut au premier abord paraître un peu paradoxale alors qu’on nous a appris très tôt l’importance de toujours finir son assiette sans trop se poser de questions...


Quelles sont ses forces ?

L’alimentation intuitive permet de se reconnecter avec ses sensations, d’écouter son corps et ses envies, de manger ce qui nous fait plaisir sur l’instant présent. En évitant les restrictions, elle limite aussi les “envies de manger émotionnelles” (nous y reviendrons juste après) et contribue à stabiliser le poids, voir même à en perdre dans le meilleur des cas. Elle permet enfin de découvrir une nouvelle façon de s’alimenter.


Quelles sont ses limites ?

Il n’est cependant que rarement possible d’être tout le temps à l’écoute de ses envies. En effet, nous sommes obligés de penser et d’anticiper un minimum notre alimentation qui est rythmée par notre mode de vie. De plus, les diverses contraintes de la vie de tous les jours (temporelles, professionnelles, offre alimentaire…) ne laissent pas forcément toujours place à la spontanéité. On ne peut donc finalement se permettre de manger de manière intuitive que si certaines conditions propices sont réunies, quand le temps et l’environnement nous le permettent.


Un autre problème qu’on aura tous constaté au moins une fois dans notre vie est que nos envies sont (assez facilement) influençables. En effet, qui ne s’est jamais laissé tenté par un produit suite à une publicité, une odeur ou le marketing ? D’autant plus que la tentation est partout, et il est vrai qu’y résister n’est pas toujours une mince affaire. Pour chercher à diminuer les envies de manger, la meilleure des choses à faire dans un premier temps est d’éviter les régimes restrictifs qui ne peuvent qu’aggraver le phénomène. Au cas où cela ne suffirait pas, pour répondre à une envie de manger, il est conseillé de :

1) Manger l’aliment qu’elle nous réclame

2) Manger en étant attentif aux sensations alimentaires procurées

3) Manger sans jugement ni pensées négatives

C’est le plaisir qui est en fait responsable de l’extinction de l’envie. En l’absence de plaisir, le désir ne disparaît pas.

Exemple :

- J’ai une envie soudaine de chocolat.

- Je comble cette envie avec le chocolat dont j’ai envie.

- Je le consomme, je le déguste doucement en étant à l’écoute de mes sensations et du plaisir procuré.

- Bouchée après bouché, je sens progressivement que cette envie est pleinement satisfaite.

- J’arrête donc de manger du chocolat.

- J’ai satisfait mon envie et éprouvé du plaisir sans culpabiliser.

- Je ne compenserai pas par d’autres aliments

Cet exercice nécessite un VRAI travail de concentration avant que cet “effort” ne devienne un automatisme et que notre attention se focalise naturellement sur nos sensations.


Et les envies de manger émotionnelles dans tout ça ?

Une envie de manger émotionnelle est un phénomène naturel, il fait référence à une envie de manger déclenchée par une émotion (positive ou négative, ou plutôt perçue comme agréable ou non-agréable) et dans laquelle on n’a pas de sensation de faim. Les seuls aliments capables de calmer les envies émotionnelles sont alors des aliments riches et appréciés. De plus, si on lutte contre ces envies émotionnelles, il y a de grandes chances que cela engendre des compulsions par la suite. Comment gérer cette situation ? Toujours avec une approche intuitive, mais à condition que cette situation ne soit pas récurrente. Il faut savoir écouter ses émotions. Si elle se répète trop régulièrement, il se peut que nous ayons besoin d’apprendre à mieux gérer ses émotions autrement que par l’alimentation avec des méthodes adaptées comme la méditation de Pleine Conscience ou plus généralement les Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC).


Finalement, peut-on dire que le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder ? A priori oui si on se base sur le principe de l’alimentation intuitive, mais la réponse reste à nuancer. Elle peut convenir à certaines personnes, parfois de manière ponctuelle, mais l’approche intuitive peut être difficile à mettre en oeuvre pour d’autres. La vie est faite de compromis, et il faut parfois accepter de ne pas toujours maîtriser totalement la situation et relativiser suite à un “écart”. Le risque est que l’alimentation devienne une source d’obsession comme dans l’orthorexie (un hypercontrôle de l’alimentation). Encore une fois, ne sois pas trop exigeant.e avec soi-même et accueille tes envies avec bienveillance, sans jugement. En définitive, que ce soit pour son poids ou sa santé, rien ne vaut une alimentation variée et équilibrée, pouvant aussi comporter des excès occasionnels ou des imprévus. C’est juste la vie ! Pour rappel, la meilleure alimentation qui soit est celle conciliant plaisir et santé au quotidien.


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